
À PROPOS DU YIDDISH
Le yiddish est le langage de la sagesse et de l'humilité présentes chez toute personne, l'idiome d'une humanité apeurée, vivant d'espoir. Issac Bashevis , chanteur-compositeur. Romancier, récipiendaire du Prix Nobel de la littérature en 1978 , et metteur en scène de 7 productions du Théâtre Yiddish Dora Wasserman
Vue d'ensemble
Le mot « yiddish » s'applique tant à la langue qu'à la culture juive.
Durant près d'un millénaire, le yiddish fut à l'échelle mondiale la langue maternelle des trois quarts de la population juive, soit la plus répandue parmi toutes les langues d'usage courant.
Le yiddish est la langue du cœur, des émotions, des relations familiales ainsi que du commerce et de la vie communautaire. Langue officielle de l'État d'Israël, l'hébreu est perçu comme la langue de l'âme, surtout utilisée pour la prière et dans les écrits religieux.
Au cours du dixième siècle, les Juifs de la France et de l'Italie ont commencé à s'établir le long du Rhin. Durant presque tout le millénaire suivant, le yiddish a été la principale langue des Juifs, de la Hollande à la Russie, des pays baltes à la Roumanie, et même de la Palestine. Ce fut « l'âge d'or » du yiddish.
Durant le dix-neuvième siècle, la littérature, le théâtre, la musique et le haut savoir ont servi de tremplins au yiddish. Ces trésors culturels, donnant matière aux porte-parole religieux et autres, ont joué un rôle majeur dans l'éducation et l'éveil des masses.
À compter de 1850, en raison de l'émigation des Juifs d'Europe, le yiddish a pris racine en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique du Sud et en Australie. Durant la première moitié du vingtième siècle, 90 % des Juifs de l'Europe centrale et un nombre important de ceux de l'Europe de l'Est parlaient le yiddish.
Le yiddish a été victime des grandes catastrophes du vingtième siècle, de l'Holocauste sous Hitler et des persécutions sous Staline. En 1945, les Nazis avaient éliminé 6 millions de Juifs européens, le tiers des Juifs. Toutefois, l'espoir de transmettre leur héritage culturel a survécu.
La résilience spirituelle et la détermination à sauvegarder la culture yiddish, demeurées vivantes dans des recoins isolés, expliquent la renaissance du yiddish. De plus en plus de jeunes des communautés juives s'intéressent à cette langue et la considèrent comme le moyen de rapatrier leur culture. La popularité des cours de yiddish dans les universités ne fait qu'augmenter; il en est de même pour les festivals et les associations yiddish.
Bien que plusieurs théâtres yiddish aient fermé leurs portes, un certain nombre a déjoué le mauvais sort.
LE THÉÂTRE YIDDISH DORA WASSERMAN EST L'EXEMPLE PAR EXCELLENCE DE LA VITALITÉ DU YIDDISH.
SECTIONS
- Langue d'amalgames
- Plusieurs dialectes
- Dialecte et mots français prévalant au théâtre
- Yiddish écrit
- Expression d'une culture
- Langue dérobée
- Renaissance du yiddish
Langue d'amalgames
Le yiddish, tout comme l'anglais, est le fruit de divers apports linguistiques fusionnés dans une nouvelle langue.
Il y a près d'un millénaire, les Juifs installés le long du Rhin parlaient un dialecte franco-hébraïque appelé Laaz. Aux racines allemandes, ils avaient greffé des mots du pays voisin et des composantes de l'hébreu biblique. Ce yiddish s'apparentait alors davantage à l'allemand du Moyen Âge qu'à celui de l'époque moderne. En émigrant de plein gré ou de force de l'Europe de l'Est vers l'Europe de l'Ouest, les Juifs ont aussi intégré dans leur bagage linguistique des mots de l'anglais et des langues slaves telles que le polonais et le russe.
Le yiddish exprime à la fois l'isolement et le pluralisme de la vie juive. Lien fort unifiant tous les Juifs d'Europe, cette langue a amalgamé du vocabulaire des régions et contrées en périphérie. Le fait d'être souvent tenus à l'écart a contribué à conférer une réelle identité à leur langue. Les Juifs ont aussi créé des mots qui reflètent leur culture et leurs préoccupations.
Plusieurs dialectes
Le yiddish s'est développé de façon organique, car plusieurs dialectes régionaux ont vu le jour. Il y avait un dialecte prédominant en Europe de l'Ouest et un autre, en Europe centrale. La plupart des porte-parole yiddish provenaient de la Lithuanie, de la Pologne et de l'Ukraine où l'on retrouvait une grande variété de dialectes et sous-dialectes. À elle seule, la Pologne comptait sept sous-dialectes Reportez-vous à la section sur les dialectes.
Au début du vingtième siècle, le yiddish moderne, standardisé, a pris forme grâce à l'encyclopédie YIVO à Vilna, par après rebaptisée Vilnius.
Dialecte et mots français prévalant au théâtre
Le théâtre yiddish en Russie faisait surtout appel à un dialecte ukrainien appelé Voliner. De façon humoristique, les acteurs du Théâtre Yiddish Dora Wasserman le surnommait « le yiddish de la BBC ».
Plusieurs termes utilisés dans le théâtre yiddish proviennent du français.
En voici des exemples:
- Mise en scene- (mise en scène) se réfère en yiddish à la structure d'une scène de la pièce et, en français contemporain, aux directives du metteur en scène
- Coulissen - (coulisses) - aires de chaque côté et à l'arrière de la scène
- Regie - (régie) signifiant la mise en scène en yiddish et les taches du régisseur en français
- Costume - même mot
- Texte - même mot
- Scenario - (scénario) même mot
- Théâtre - même mot, mais prononcé « tey-a-ter »
Yiddish écrit
Le yiddish et l'hébreu sont deux langues très différentes. Alors que l'anglais et le français font appel aux caractères romains, le yiddish utilise des lettres hébraïques, et ce, en étant écrit de droite à gauche. Contrairement à l'hébreu, les voyelles sont présentes dans les écrits et chacune des 26 lettres de l'alphabet correspond à un phonème spécifique.
Expression d'une culture
(ENCYCLOPAEDIA JUDAICA)
Littérature
La naissance d'une littérature ayant sa personnalité et l'émergence d'une culture littéraire yiddish remontent au milieu du dix-neuvième siècle, alors qu'un foisonnement créatif s'est reflété dans les romans, la poésie et les nouvelles. Les écrivains les plus renommés de l'époque, Mendele Mocher Sforim, Sholem Aleichem et Isaac Peretz, sont d'ailleurs considérés comme « les pères de la littérature yiddish ».
Au cours des 75 années précédant la Seconde Guerre mondiale, environ 50 000 œuvres en yiddish ont été publiées, incluant romans, pièces de théâtre, essais littéraires, recueils de poèmes, thèses socio-politiques et recherches à contenu didactique.
Une multitude d'écrivains et de poètes de talent se rencontrait dans les cafés et salons littéraires de Varsovie, de Vilna, de Kiev et autres villes importantes de l'Eupope de l'Est pour discuter des styles littéraires et contribuer à leur rayonnement {Les écrivains du salon littéraire de Peretz (Avrom Reisen, Chaim Grade, Sholem Asch), Yung Vilna (Young Vilnius), et les poètes de Varsovie (Avrom Sutzkever, Schmerke Kacaginski, Peretz Miransky, Shimshon Kahen, Moshe Levin, Itzik Manger) formaient la Chalastre (« la gang ») (I.I. Chanteurs-compositeurs, Peretz Markesh et Melech Ravitch).}
Autre voie empruntée : la littérature engagée. Les amateurs de livres étaient friands de conférences, rencontres, débats et autres activités culturelles. Dans presque chaque ville et village, il y avait une librairie, un cercle dédié au théâtre et plusieurs mouvements politiques, ayant chacun un volet jeunesse. Les troupes de théâtre yiddish parcouraient les campagnes de long en large.
La presse yiddish était volubile car les grands quotidiens juifs, dont Folkstzitung (People's Press) ayant la cote dans plusieurs villes et le journal Express de Varsovie, entretenaient une rude concurrence. Les journaux et magazines de tous genres s'avéraient très populaires.
La musique yiddish se modulait en une large gamme : chants liturgiques, comédies musicales, musique klezmer, chants commémoratifs et chansons folk, œuvres de chantres, musiciens, groupes klezmer, poètes ou simples inconnus ayant une âme de compositeur.
Dans le système d'éducation, les institutions d'enseignement laïques côtoyaient les écoles (cheders) et collèges (Yeshivas) religieux.
À l'époque des premiers balbutiements du Régime soviétique, le yiddish a connu un regain. Durant les années 30, on comptait plus de 1 200 écoles et de nombreuses facultés de pédagogie yiddish ainsi que des départements d'études juives dans les universités, à Moscou, à Kiev et à Minsk. Les quotidiens, les périodiques et le théâtre de répertoire yiddish florissaient alors en Russie et dans les républiques d'Ukraine et de Biëlorussie. On avait même créé un État juif en USSR, le Birobidjan, dit « autonome » mais à la merci du pouvoir central de sorte que la plupart des Juifs n'ont jamais reconnu cet État.
Canada
La politique du multiculturalisme du Canada a joué en faveur de la vitalité ethnique. Des écoles laïques yiddish ont été construites à Montréal et à Winnipeg. La première génération des représentants yiddish a toutefois réajusté son tir suite à la venue des survivants de l'Holocauste. À ce jour, le JPPS et le Collège Bialik continuent d'enseigner le Yiddish. Il n'est donc pas étonnant que plusieurs des grands universitaires yiddish reconnus mondialement soient originaires du Canada.
Langue dérobée
À l'aube de la Seconde Guerre mondiale, le ratio était de 11 millions de porte-parole yiddish pour les 16 millions de Juifs répartis dans plusieurs pays d'Europe et d'ailleurs. Leur langue, fondement essentiel de leur culture, n'a pu résister à la prise d'assaut systématique dirigée contre eux.
Europe
En 1945, les Nazis avaient éliminé les deux tiers des Juifs d'Europe. « La langue et la culture yiddish furent victimes de l'Holocauste au même titre que les Juifs. » (Encyclopaedia Judaica) Se à : L'Encyclopédie YIVO, section sur les Juifs en Europe de l'Est (http://www.yivoinstitute.org/index.php?aid=269&tid=109)
USSR
Staline a mis en place une politique d'éradication des institutions juives. En 1948, il ordonna le meurtre du célèbre acteur et directeur artistique Solomon Michoels et la fermeture du Théâtre juif d'État de Moscou. Puis, ce furent les arrestations massives des intellectuels. Environ 30 écrivains yiddish ont été exécutés le 12 août 1952.
Israël
En songeant à créer l'État d'Israël, les Sionistes souhaitaient un nouveau départ et se distancer de la victimisation. Ils voulaient également rassembler les Juifs des territoires arabes et ceux d'Europe. Israël a opté pour l'hébreu plutôt que le yiddish. En fait, des mesures incitatives ont mené à l'abandon du yiddish.
Amérique du Nord
Le yiddish a aussi subi « une mort en douceur » car les Juifs hantés par l'antisémitisme ont souvent choisi de s'intégrer à la majorité en émigrant aux États-Unis, au Canada et d'autres pays occidentaux. Les terres d'accueil ouvertes aux idées nouvelles prônaient l'assimilation. Ainsi, le yiddish et la culture yiddish sont devenus une « option », plutôt que des composantes inhérentes à l'identité personnelle. Nombreux sont ceux qui ont délaissé le yiddish, et la deuxième génération d'immigrants ne s'en servait plus au jour le jour.
Renaissance du yiddish
L'identité juive est grandement tributaire d'un passé et d'une culture. Sous cet aspect, le yiddish constitue un pont vers le passé nécessaire aux jeunes pour retrouver leurs racines. Ces jeunes considèrent le yiddish et la culture yiddish comme étant des outils privilégiés pour combler un vide, ce qui manque à leur identité. S'impreigner de l'histoire des Juifs qui remonte aux débuts des temps n'est pas chose facile si cette histoire est ignorée depuis des décennies.
De plus en plus, des cours de yiddish sont offerts dans les universités. Les concerts, festivals et associations yiddish se multiplent en Israël, en Europe et en Amérique du Nord. L'engouement pour la langue, l'histoire juive et la culture yiddish est plus que jamais manifeste. Les livres yiddish, en version originale ou traduits, sont appréciés pour leurs mérites artistiques et l'universalité des thèmes abordés. Maintenant, il y a de jeunes poètes, écrivains et artistes yiddish, une relève.
YIVO, Centre national des manuscrits en yiddish et Centre national des films juifs, Université Bandeis et plusieurs autres départements universitaires qui font la promotion de la culture yiddish.
LE THÉÂTRE YIDDISH DORA WASSERMAN EST L'EXEMPLE PAR EXCELLENCE DE LA RENAISSANCE DU YIDDISH Une forme rendant la culture yiddish très accessible

